Mail de mon chef « rendez-vous demain matin à 9h15 à l’Assemblée Nationale pour les discussions relatives au projet de loi».
Me voilà donc le lendemain à 9h15 à l’Assemblée. La discussion doit commencer à 9h30.
10h00… Ah ça y est, ça commence enfin. On rentre donc dans l’hémicycle. Un député communiste prend la parole : « on devait commencer à 9h30, il est 10h00. Comme le ministre a pris son temps pour finir son petit déjeuner, je demande une suspension de séance d’une demi-heure ». Suspension accordée…
10h30 : la séance reprend. Le président du groupe socialiste prend la parole « Monsieur le Président, notre groupe de travail se réunit à 11h00 tous les mardis. Comme nous avons commencé en retard du fait du ministre, je demande une suspension de séance d’une heure afin de mener notre réunion ». Suspension accordée… Je suis las…
En attendant, café puis ballade dans l’Assemblée (je kiffe mon badge qui me donne accès à toutes les salles). Y’a pire pour bosser…
11h30 : La séance recommence (enfin !). Nous devons intervenir sur l’article 1er de la loi, mais avant cela il y a un amendement créant un avant article 1er qui doit être débattu. Le contenu de cet amendement : modifier la dénomination du titre 1 d’un code quelconque, bref, rien de transcendant… Pourtant, les débats vont durer 1 heure sur le sujet… On en appelle à Platon, aux théologiens de Byzance… Les uns et les autres étant de mauvaise foi, des noms d’oiseaux volent à travers l’hémicycle. A un député communiste qui prend la parole, un député UMP lance « Retourne en Corée du Nord ! ». Très sympa…
S’ensuit une demi-heure de discussion générale sur le fameux article 1er où les uns disent tout le mal qu’ils en pensent et les autres tout le contraire. Ca continue de chahuter sévère dans l’hémicycle qui s’est un peu plus remplie que ce matin
12h30 : la première séance de la journée est levée, les amendements relatifs à l’article 1er n’ont toujours pas été discutés… Deuxième séance à 15 heures…
15 heures : ouverture de la deuxième séance de la journée. Je prie pour que ces foutus amendements soient débattus au plus vite !
La discussion générale continue… Je m’intéresse de moins en moins à ce qui est dit… Heureusement, les sièges sont confortables…Vers 15h30, on aborde enfin ces putains d’amendements ! Je me réveille un peu pour le coup.
Bon, là on rentre dans le vif du sujet ! Les députés se sont bien chauffés depuis ce matin, le gentil chahutage de la matinée vire presque à la foire d’empoignes… Même pour discuter un amendement, on met des heures… J’aurai dû emmener le journal moi aussi (oui j’en vois en train de lire le Figaro ou le Monde, c’est selon…).
Ah, tiens, un député pose des questions techniques… Ouais, il suffit de connaître les principes généraux de la fiscalité et on comprend le texte, enfin… On prépare rapidement une réponse pour le ministre. Il prend la parole… Ah, tiens, il dit le contraire de ce que j’ai dit… Pas grave, tout le monde s’en fout, le député qui avait posé la question trouve qu’on a pas répondu à sa question et que le Gouvernement se fout de lui… Ca gueule encore plus…
Ah, tiens, voilà le fameux amendement, celui qui nous posait le plus de problème… Bon, de toute façon, Matignon avait arbitré dans un sens défavorable (l’amendement doit donc être rejeté en principe)… Ah…. Avis favorable du Gouvernement… Heu, c’est le contraire qui a été arbitré, non ?… Amendement mis aux voix… Il est adopté… Bon, j’ai dû louper un épisode c’est pas grave…
18h00 : Enfin tous les amendements nous concernant ont été discutés… J’ai l’impression d’avoir été dans une cour de récréation toute la journée… Et dire que le mois prochain, on remet ça avec les sénateurs… Remarque, ils sont tous vieux, ils devraient faire moins de bruit…
